RECIF

La ville s’endort encore une fois
Et il n’y a rien d’autre à faire
Que de penser qu’on s’en ira
Quand on aura les idées claires
Fébrile et hâtive, pour une fois,
Tu marches ici comme dans un rêve
Et à la douceur de ta voix
Comme au tremblement de tes lèvres

Je sens l’impatience faire de moi
L’arbre et de mon sang la sève
Et dans la violence du combat
Je serai le bois que l’on crève

La hache se pose à même moi
Et doucement, bientôt s’affaire
A sévir au creux de mon bras
A faire de cette nuit un enfer
Docile et rétive à la fois
Soumise au crissement de ma chair
A la douleur que tu ne vois pas
Je vois trembler encore tes lèvres

Je sens l’indolence qui me gagne
Puisque tu n’en as rien à faire
C’est l’indifférence qui me soigne
C’est la pesanteur de cet air

La nuit était tombée trop fort
Et je revois d’ici la scène
D’une tragédie sans décor
Sinon des idées noires et vaines

Il n’y aura pas d’escale pour mes pores
J’ai fait même si l’écorce est humaine
L’erreur de faire don de mon corps
A la nature pour que tu m’aimes

Moi, dans les pales carnivores
Parmi les remous, sans effort
Le teint blême, je me résigne
A n’attendre de toi aucun signe

L’écume agite mes neurones
La mer me remplit les narines
Je me sens presque bien
Je ne sens presque rien

Des marins saouls quittent mes pores
Dans des chalutiers de sueur
Abreuvé d’un vin rouge sang
Ils iront s’échouer droit devant

La nuit est tombée au hasard
J’ai perdu mes repères, mon fard
Je suis plus léger d’être seul
On se passe bien des coups sur la gueule

Perdu dans le blanc du sillage
Naufragé, prisonnier sans sa cage
Je n’aurai ni peine, ni rage
Voyage en fonction essorage

Le silence sur ma joue
Est revenu me claquer
J’ai repris de la route
L’odeur de bitume usé

L’apparence onirique
De cette réalité
Volatile, improbable
Comme une caresse d’été

On se lance on s’éveille
D’une nuit noire et bleutée
Des cigales, des abeilles
Entre ciel et pavé

Rient de moi, des merveilles
De notre inhumanité
Et s’en viennent par centaines
Dans ma gorge déployée

La faiblesse et l’aurore
Crèvent l’intimité
De ma souffrance-décor
De mes sourires de papier

Les insectes grouillent en moi
Je semble presque exister
Mais d’ici à l’enfer
La descente est amorcée